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article paru dans les Nouvelles de l’INHA, numéro 43, juillet 2014, p. 9-10

"La Société Internationale pour l’Architecture et la Philosophie (archiphil.org) rassemble des architectes, des philosophes, des historiens de l’art et de l’architecture, et des spécialistes d’esthétique qui s’intéressent aux points de croisement entre architecture et philosophie. Fondée par Mildred Galland-Szymkowiak (CNRS, UMR 7172 THALIM, équipe ARIAS) et Petra Lohmann (université de Siegen), la Société a tenu à l’INHA les 9 et 10 décembre 2013 son deuxième colloque international autour du thème « Architecture et aisthèsis ».

Il s’agissait de s’interroger sur la nature de la sensation et de la perception architecturales, sur la manière dont elles engagent, consciemment ou, et souvent de manière plus diffuse, notre corps et nos affects ; mais aussi de réfléchir sur la façon dont la construction architecturale intègre la perception et en joue, et sur les articulations de l’espace construit et de l’espace senti et vécu. Il s’agissait, tout autant, de tenter de comprendre l’état d’oubli ou d’indifférence dans lequel nous tendons à nous trouver à l’égard des architectures, en vertu même de l’expérience quotidienne que nous en faisons.

Procédant à partir de la théorie et de l’histoire de l’architecture aussi bien qu’à partir de la philosophie, les différentes contributions (en allemand, anglais et français) ont apporté des éclairages croisés sur ces questions. Philippe Boudon a posé la question de la différence entre la perception de l’architecture par l’architecte, et sa perception par tout un chacun, en mettant en valeur le caractère davantage « poïétique » de la perception de l’architecte, qui saisit d’emblée le mode de conception et de construction de l’oeuvre. La question du rôle du corps dans notre expérience de l’architecture s’est rapidement imposée au cours du colloque comme essentielle. Ulrich Exner l’a abordée à l’aune d’installations mettant en avant le caractère interactif de l’espace, véritable noeud de relations et de fusion de la trajectoire des corps, engageant notre sensorialité toute entière et non le seul champ de notre vue, en réalité étroitement corrélée à notre perception acoustique de l’espace. Petra Lohmann a insisté sur la corrélation interne qui existe, dans le motif de la promenade chez Montaigne et Thomas Bernhard, entre expérience spatiale, expérience architecturale et expérience de la pensée. Benjamin Couchot a mis en parallèle le rôle dévolu au corps et à la sensation dans l’art baroque de Pierre Puget, et le pur amour mystique théorisé par le théologien François Malaval ; tous deux présentant un caractère insaisissable qui exige du sujet une ouverture absolue et une sortie extatique hors de soi, presque hors de la sensation.

La question de savoir comment les architectures stimulent, bouleversent et recomposent, ou encore annihilent la sensation, a formé un autre axe fort du colloque. L’exposé de Chris Younès rendit compte de l’apport de la philosophie d’Henri Maldiney à la pensée de l’aisthèsis en architecture, dans sa dimension rythmique mais aussi éthique – la capacité de l’architecture à nous éveiller à l’être et au monde étant ici soulignée. Raphaëlle Cazal a mis en évidence le rôle constitutif du vertige, dans l’esthétique de Maldiney, comme médiateur de cet éveil. Didier Laroque et Mildred Galland-Szymkowiak se sont penchés sur la propension des architectures à susciter une « an-esthésie », impliquée selon D. Laroque par la pureté du style classique, qui doit être « sans goût » (Winckelmann) ; mais également, comme le montra M. Galland-Szymkowiak, inhérente, sur un autre niveau, à toute architecture, en tant que cette dernière disparaît derrière sa fonction, derrière son adéquation à notre corps, ou au contraire en vertu d’une hyperstimulation sensorielle que nous rejetons pour nous protéger. Le rôle central du dessin pour l’expérience de l’architecture a été souligné par Andrew Benjamin et de Florian Afflerbach. Le premier, montrant l’irréductibilité de l’architecture au construire, a défini le dessin comme lieu d’ouverture de possibilités et comme seuil. Le second a fait apparaître le processus de subjectivisation, d’abstraction et de déformation perceptive induite par différents dessins d’une même architecture.

La manière dont l’espace s’articule, dans la sensation, à la subjectivité conçue comme âme et corps (et corps en mouvement) a été abordée aussi bien par le biais philosophique et esthétique que d’un point de vue historique ou encore pratique. Ainsi Julian Jachmann a souligné l’influence du sensualisme de Condillac sur l’architecture de Claude-Nicolas Ledoux, qui sollicite la dimension tactile de notre regard. Ulrich Schumann a analysé l’apport de l’esthétique pratique du leibnizien Johann August Eberhard à la pensée de l’expérience architecturale. Anne-Lyse Chabert a abordé le problème de l’appropriation des espaces par les personnes présentant un handicap. Antonio Somaini a mis en avant la racine commune de l’architecture et du cinéma – planifiant toutes deux une expérience en mouvement de l’espace – à partir des réflexions d’Eisenstein sur la question du montage. Enfin Julie Jaupitre a attiré l’attention sur le fait que la question de la prédominance à accorder ou non au sens de la vue, et à un sujet percevant de type cartésien, si elle se pose dans la théorie actuelle du paysage en France, se posait déjà dans le contexte différent des débats esthétiques du xviie siècle.

Il est prévu que les actes de ce colloque soient publiés."


rapport rédigé par Raphaëlle Cazal (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) et Mildred Galland-Szymkowiak (CNRS, UMR 7172 THALIM)
Le principe d’une publication composée de plusieurs contributions au colloque, mais aussi d’articles supplémentaires, a été accepté par la revue en ligne à comité de lecture Phantasia pour une parution en 2017.